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Le numérique : Un instrument pour révéler davantage le Bénin

Entretien avec Madame Aurélie ADAM SOULÉ ZOUMAROU, Ministre du Numérique et de la Digitalisation

 

Bonjour madame le ministre. SVP, présentez-vous à nos lecteurs.

Je suis Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU, ministre du Numérique et de la Digitalisation.

Panafrican Bilingual Corporates mag (PBCM) : Madame le ministre, à travers la mise en œuvre du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG) du Président Patrice Talon et la création du ministère du Numérique et de la digitalisation, nous remarquons un intérêt manifeste pour le numérique. Quelles sont à ce jour, les réalisations phares dans ce secteur ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU :

Depuis l’arrivée du Président Patrice TALON en 2016 et la mise en place de son équipe, le secteur du numérique a connu un essor considérable. La vision du Chef de l’Etat pour le développement du secteur est très ambitieuse. Et d’ailleurs, l’économie numérique constitue un des secteurs prioritaires du quinquennat au même titre que l’agriculture et le tourisme. Ce sont donc les trois secteurs phares de relance économique de notre pays. Et quand on a placé un secteur sur un tel piédestal, il est aisé de comprendre qu’on lui donne les moyens d’atteindre les résultats. C’est une réalité depuis 2016 à travers une approche holistique en termes de projets, de programmes à mettre en œuvre. Des projets tels que le déploiement de l’internet haut et très haut débit. Sur ce front-là, nous avons plusieurs réalisations, comme par exemple notre dorsale en fibre optique. Aujourd’hui, c’est près de 2.000 km de fibre que nous avons soit réhabilités, soit déployés en plus de cette réhabilitation. Du nord au sud et avec des boucles dans certaines villes majeures et aussi des bretelles dans plusieurs localités. Ensuite, nous nous sommes appuyés sur ce déploiement pour amener la fibre à la portée des populations à travers la mise en place de points numériques communautaires, de salles numériques dans les établissements scolaires, et de points d’accès aux TIC dans les bureaux de poste. Concrètement, il y a 40 points numériques communautaires, à ce jour. Nous allons poursuivre le déploiement au niveau des autres localités.

Les points numériques communautaires sont des centres où nous avons amené un fournisseur d’accès à internet qui installe un point Wi-Fi (dans des centres de jeunes dans la plupart des cas) et en même temps, met en place un centre numérique pour que les populations aient accès à des formations dans le secteur du numérique pour développer les compétences du numérique mais aussi pour bénéficier des ressources numériques : ordinateur ou connexion pour leurs activités. De ce fait, les artisans, les étudiants, les élèves, le secteur public c’est-à-dire les fonctionnaires, tous ceux-là ont désormais un endroit où ils peuvent tout au moins avoir accès à internet. Bien-sûr, le fournisseur d’accès à internet, à partir du moment où il est dans la localité, peut aussi raccorder l’ensemble des services qui se trouvent autour des entreprises aussi bien publiques que privées, les mairies et les foyers de ces localités. Ceci est particulièrement important parce qu’on veut rapprocher le numérique de nos populations.

Les salles multimédias, ce sont des salles que nous avons déployées dans les établissements primaires et secondaires parce qu’on pense que le numérique doit être mis à la disposition du système éducatif pour matérialiser l’évolution en termes d’apprentissage, d’enseignement. Sans y mettre le numérique, on n’est pas en train de préparer nos enfants et les générations futures aux challenges qui les attendent. Nous avons aujourd’hui à travers le territoire, 24 salles numériques à raison de deux par départements et ces salles-là servent de tremplin aux enseignants et aux élèves pour qu’ils s’habituent au numérique.

L’autre réalisation phare que nous avons à notre actif est la mise en œuvre d’une politique très claire dans le secteur.

Le code du numérique que nous avons mis en place depuis que le Président de la République l’a promulgué en 2018, en est une illustration. Nous faisons aujourd’hui partie des rares pays en Afrique qui ont un arsenal juridique complet pour le secteur du numérique. C’est bon pour les investisseurs parce que ce dispositif leur offre le cadre adéquat qu’il faut. Ils savent désormais à quoi s’en tenir pour venir investir au Bénin. C’est une bonne situation pour les entreprises qui sont installées au Bénin, parce qu’elles sont fixées sur les obligations et les droits auxquels elles peuvent être soumises. C’est la même chose pour nos startups. Nos jeunes entreprises peuvent voir ainsi toute la panoplie d’opportunités qui s’offrent à elles et nous sommes, de plus en plus, en train d’œuvrer pour que les textes d’application de cette loi portant code du numérique soient disponibles. Les derniers textes ont été votés en juillet 2019. Ils ont permis de fixer un peu plus le paysage et les éléments devant règlementer le secteur du numérique. Je ne vais pas citer toutes les réalisations. Voilà quelques-unes qui sont majeures et qui sont vraiment structurantes pour le secteur.

PBCM : Quels sont les indices et/ou chiffres qui montrent que le Bénin est sur le bon chemin ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU :

Le premier indice est celui qu’on remarque facilement : le taux de pénétration de l’internet. Lorsqu’on parle de haut débit, tout de suite, on pense à l’internet. Nous sommes passés en termes de pénétration d’un taux autour de 28% avant 2016, à près de 48% maintenant selon les dernières estimations de l’ARCEP. Ces chiffres montrent que nous sommes quand même dans une courbe ascendante autant en termes de déploiement que d’infrastructures. L’indice de connectivité mobile de la GSMA a montré une évolution positive du Bénin en ce qui concerne les infrastructures 3G et 4G. Et nous continuons sur cette lancée.

Ensuite, lorsqu’on observe l’usage du numérique, le premier indice qui a connu une croissance est le secteur des transactions financières qui concerne les ressources financières mobiles : le mobile money a connu une croissance vraiment exponentielle, simplement d’une année à une autre. La croissance se remarque encore plus quand on considère un certain nombre d’années. Par exemple, selon l’ARCEP entre 2017 et 2018, on est passé de 1.700.000 abonnés actifs à

près de 2.600.000. Soit un bond de plus de 50% d’une année à une autre. Et cela a continué ainsi.

Ce sont autant de chiffres qui montrent que nous sommes en train de faire ce qu’il faut. Du point de vue des plateformes que nous mettons en place, surtout la plateforme e-visa qui facilite les démarches aux personnes désireuses de venir au Bénin pour diverses raisons, tourisme ou affaires… Avant la mise en place du e-visa, nous en émettions environ 12.000 par an soit 1.000 visas en moyenne par mois. Après le lancement de la plateforme e-visa en avril 2018, on est passé de 1.000 par mois à plus de 4.000 visas délivrés en moyenne par mois. C’est autant de chiffres et vous vous imaginez bien que derrière ces chiffres, il y ait des aspects économiques, des retombées en termes de revenus pour l’Etat. Donc aujourd’hui, le secteur des télécoms, du numérique montre son importance dans le développement de notre pays.

PBCM : Vous êtes depuis 2018, la présidente du réseau francophone des ministres de l’économie numérique et le Bénin abrite le siège permanent de ce réseau. Qu’est-ce que le réseau francophone des ministres de l’économie numérique et que gagne le Bénin à en être membre ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU : (Sourire)

Le réseau francophone des ministres de l’économie numérique c’est d’abord un instrument pour la francophonie et pour les pays membres de la francophonie. Ce réseau a été voulu par la francophonie et par les Chefs d’Etat qui, à intervalles réguliers, se retrouvent lors des sommets de la francophonie pour prendre un certain nombre de décisions. Et lors du dernier sommet à Erevan, l’ancienne secrétaire générale de la francophonie a présenté ce projet de réseau qu’elle et le Président de la République Patrice TALON ont pensé, lorsqu’elle était en visite officielle au Bénin.

L’idée de ce réseau a été accueillie favorablement et c’est tout naturellement que les Chefs d’Etats ont pris cette décision à Erevan de créer ce réseau qui a son siège permanent au Bénin et d’en confier la première présidence au Bénin à travers ma personne. Ce réseau a pour objectif de fédérer nos initiatives nationales de façon à développer des synergies, à nous permettre, tous les ministres des pays membres de la francophonie, de trouver la bonne façon de partager nos expériences, d’avoir des initiatives communes et bien entendu, d’accélérer la mise en œuvre de nos stratégies numériques dans chaque pays. C’est vraiment un instrument de mise en œuvre.

PBCM : En tant que présidente, quelle est votre feuille de route ? Sous quel signe placez-vous votre mandat ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU :

Vous savez, lorsqu’on met en place ce type de creuset, le premier succès est de le rendre dynamique, actif et de continuer à stimuler l’intérêt de toutes les parties prenantes autour de cette œuvre. C’est à cela que nous nous attelons. Si vous avez suivi la première réunion du

réseau ici au Bénin, en mai 2019, de concert avec l’OIF et les autres membres, mes homologues étaient venus, soutenus en cela par tous les réseaux partenaires de notre réseau francophone.

Nous nous attelons donc à mettre en place ses instruments, le statut, le règlement intérieur, comment la présidence va tourner, le cadre de fonctionnement de ce réseau. Mais à côté de cela, nous avons aussi défini un certain nombre de projets. Des projets que nous avons proposés aux membres du réseau qui les ont trouvés intéressants. Des projets qui tournent par exemple autour de l’intelligence artificielle, des questions de jeunesse, des fake news comme on les appelle. En parallèle, nous essayons de faire avancer ce volet-là. Et c’est ainsi que nous avançons. C’est sur ces deux volets-là que ma présidence est en train de s’atteler, ensemble avec mon équipe.

PBCM : Quelles sont les retombées concrètes de votre direction pour la population béninoise ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU : (Sourire)

Cette question, elle est intéressante parce qu’elle m’avait été déjà posée à Parakou par des étudiants. Et je vais vous donner la même réponse qu’à eux : d’abord, pourquoi parmi tous les pays membres de la Francophonie, on a choisi le Bénin ? Deuxièmement, le fait que le choix soit porté sur le Bénin, le fait que dans cette assise internationale, on ait mentionné le nom de notre pays comme étant un pays en mesure d’abriter ce réseau et de le présider est quelque chose d’important pour le peuple béninois. Quand on est citoyen d’un pays, on veut que ce soit un pays qui compte dans le concert des nations et cela est la preuve que notre pays compte dans concert des nations. Et tous, Béninois que nous sommes, nous pouvons du coup dire : oui ! Le Bénin assure la présidence dans le concert des nations. C’est une retombée qui n’est pas palpable. Mais qui a son importance. Autre retombée, c’est bien entendu l’ensemble des projets que nous allons développer au sein de ce réseau, le partage d’expériences.

La jeunesse béninoise est aussi concernée. L’éducation que nous allons donner à travers ce projet, la jeunesse béninoise va également en bénéficier. Les questions autour de l’intelligence artificielle qui est aujourd’hui inséparable de l’évolution technologique et du développement numérique, le fait d’avoir un projet qui va aider le monde francophone à pouvoir comprendre ses enjeux… Prenons pour exemple le projet sur l’intelligence artificielle qui va s’intéresser au lexique. Aujourd’hui la majeure partie des termes liés à l’intelligence artificielle, malheureusement, sont des termes anglophones. Quand vous êtes francophones, vous devrez d’abord comprendre le concept, mais en plus on vous l’explique en Anglais, et cela constitue un frein. Donc on a pensé qu’il était important que le lexique francophone relatif à l’intelligence artificielle soit en place pour permettre aux francophones de saisir ces concepts et les comprendre dans la langue à laquelle nous sommes habitués, même si on sait que l’anglais constitue un passage obligé. Voilà ce que je vois comme retombées et bien-sûr, au fur et à mesure que le réseau se développe, il y en aura d’autres. Récemment, il y a eu le réseau des Fab Lab des pays francophones et le fait que le Bénin dirige présentement le réseau francophone a fait que nous avons quand même eu une certaine collaboration avec les jeunes qui sont venus de tous les pays. Ils étaient d’ailleurs présents à la semaine du numérique.

PBCM : Votre département ministériel a mis les bouchées doubles pour organiser la semaine du numérique du 12 au 16 novembre passé. Quelles sont les retombées pour la population béninoise ? Quel bilan faites-vous de cette édition 2019 et que peut-on espérer pour 2020 ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU :

La semaine du numérique, c’est l’évènement phare du secteur du numérique pour notre pays. Chaque année, nous voyons cette semaine nous échapper. Nous la voyons comme la semaine des autres. Pas seulement celle du ministère du numérique et des agences. Et c’est justement ce que nous voulons. Chaque édition réserve des surprises pour moi en termes d’engagement de l’écosystème et de la population. Cette année, j’ai noté avec grande satisfaction le fait que la semaine du numérique ne soit pas seulement organisée à Cotonou. Il y a eu des évènements, dans tout le pays, que ce soit à Avrankou, Parakou et à Natitingou, et cela me réjouit. J’espère que l’année prochaine, on aura encore plus de localités et je n’en doute pas d’ailleurs.

Le thème de cette année a été justement autour du citoyen à l’ère de l’économie numérique. Assez souvent, on utilise beaucoup de termes techniques. Par exemple, on parle de fibre optique mais personne ne voit la fibre optique parce que c’est enterré. On s’est dit, nous allons revenir à l’essentiel, ce qui est central, le citoyen. On a mis les bouchées doubles. On a eu des panels, des keynotes, des ateliers. Le directeur général de l’Alliance Smart Africa était là et il a partagé sa vision de cette Afrique du numérique. Il nous a également parlé de comment les décideurs et le secteur privé se mettaient en branle pour délivrer cela et il a encore une fois fait part de ce que, au sein de l’alliance, le Bénin a toujours été un pays actif. Nous allons par exemple diriger le groupe de travail sur l’identité du numérique au plan régional, au plan africain, au sein de l’Alliance Smart Africa.

Nous avons eu aussi des concours sur plusieurs thématiques dont : l’éducation, l’art, la sécurité numérique. Nous avons eu beaucoup d’activités au cours de cette semaine. Des activités qui ont montré la richesse de ce secteur, le fait que les populations sont au centre de tout ce que nous faisons, beaucoup de jeunes étudiants sont venus. Il y a eu aussi des professionnels de tous les domaines d’activités, parce que ce n’était pas que le numérique. Nous avons aussi parlé santé, éducation, tourisme… Et l’édition 2020 sera encore plus belle.

PBCM : Quel est l’apport de l’Agence Béninoise du Service Universel des Communications Electroniques et de la Poste (ABSU-CEP) dans la réalisation de vos projets ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU :

L’Agence béninoise du service universel des communications électroniques et de la poste (ABSU-CEP) est notre agence qui a en charge de s’assurer que chaque béninois, chaque béninoise, qui qu’il soit, où qu’il soit, quelque soit son secteur d’activité, quelque soit son statut social, puisse bénéficier des services du numérique et ne pas être laissé pour compte. A travers donc ces différentes activités, l’agence met en œuvre cette mission. Les points numériques communautaires que j’ai évoqués plus tôt servent à ce que le numérique se rapproche de toutes

les populations, les salles multimédias à ce qu’on forme les jeunes générations au challenge futur, au monde futur qui sera fortement numérique. L’agence a une mission essentielle qui est le renforcement des compétences numériques. J’ai visité récemment un des centres que nous utilisons pour l’évaluation des agents du personnel de l’administration publique autour des compétences numériques. Tout simplement parce que nous pensons que tout ce que nous sommes en train de faire comme projet dans le secteur doit être soutenu par le renforcement des compétences des agents du service public. L’agence aussi a cette mission de renforcer les compétences. Elle le fait à travers une activité phare, le Bénin Digital Tour qui fait sillonner chaque année un bus dans plusieurs communes du pays pour former les artisans, les étudiants, les enseignants qui sont dans ces localités.

PBCM : L’ambition du Bénin de parvenir à une administration intelligente est en marche. C’est dans ce cadre que le gouvernement a initié, et mis en œuvre, le projet Smart Gouv. De quoi retourne ce projet ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU :

Le projet Smart Gouv est l’un des grands pans aujourd’hui de notre ambition en thème de digitalisation de notre pays et de la société béninoise en général. Le projet Smart Gouv ambitionne de mettre en place tous les socles, tous les référentiels, toutes les plateformes et toutes les applications qui sont nécessaires à ce que notre administration délivre les services publics aux populations quel que soit l’endroit où se trouve chaque individu. Vous êtes à Natitingou, vous avez besoin d’un document qui est à Cotonou, vous n’avez pas besoin de venir à Cotonou. Vous êtes à Malanville et vous avez besoin de pouvoir correspondre avec l’administration publique, pour une transaction donnée (un paiement, vos impôts, faire le bilan de votre entreprise…) vous pouvez décider de le faire à 15h comme à 23h. Pour y arriver, il faut mettre en place le socle qui va gérer nos bases de données. Actuellement, avec le partenaire qu’est l’Estonie, nous sommes en train de mettre en place le bus de données gouvernementales. C’est une plateforme qui va intégrer toutes les bases de données et qui permet de ne pas demander aux citoyens des documents que l’administration possède déjà.

Ça semble évident comme ça mais dans la pratique aujourd’hui on sait bien que l’administration vous demande de lui apporter des documents qu’elle est censée avoir. On sera ensuite l’un des pays de la sous-région à avoir un bus qui a une approche décentralisée.

Deuxièmement, nous avons un volet majeur, c’est le portail national des services publics que nous sommes aussi en train de mettre en œuvre. Tout récemment, j’ai fait au Conseil des ministres le compte rendu de mise en œuvre de ce projet. Nous allons démarrer avec sept (7) e-services. Il y a des registres de services majeurs comme le Registre de commerce, le Certificat de conformité environnementale… C’est un portail qui permettra d’avoir non seulement des e-services pour pouvoir faire des transactions avec l’administration de n’importe où, mais aussi d’avoir des informations sur chaque service public délivré par l’État.

Au sein toujours du Smart Gouv, on a un volet important qui est l’identité digitale. L’identité digitale permettra à un individu de pouvoir s’authentifier et s’identifier pour consommer des services numériques au même titre que vous pouvez vous authentifier dans le monde physique.

Nous allons dématérialiser le fichier des fonctionnaires de l’Etat, permettre à ce que les gens aillent à la retraite sans aucune difficulté, sans devoir faire des dossiers compliqués. Beaucoup de socles de référentiels à mettre en place. Vous savez, une entreprise qui doit interagir avec l’administration appréhende ce moment. Parce que vous quand vous allez dans l’administration, vous devez discuter avec les gens, vous devez comprendre ce qu’ils attendent de vous pour bénéficier du service même en termes de pièces administratives sans compter le temps d’attente et malheureusement sans compter le fort risque d’être face à un individu indélicat qui attend de vous un certain geste avant de vous rendre le service pour lequel il est payé.

Le fait d’avoir ces éléments en ligne toute de suite pour une entreprise lui permet de s’affranchir de toutes ces contraintes. Pour nos entreprises aussi, c’est important. Et puis, pour finir, au sein du programme Smart Gouv, vous avez un aspect que les gens ne voient pas souvent c’est la mise en interconnexion de l’ensemble des structures administratives. La communication interne au sein des structures de l’Etat est essentielle pour que la fourniture des services administratifs se passe bien. Un document dont le ministère de l’économie numérique a besoin ou le ministère de la fonction publique a besoin et qui est au ministère des finances par exemple, s’il n’y a pas une communication fluide entre le ministère des finances et le ministère de la fonction publique, ça ralentit fortement la transmission de l’information et ça vous oblige à transporter le document d’un ministère à l’autre. C’est autant de choses que nous faisons au sein du programme Smart Gouv.

PBCM : A quel horizon peut-on s’attendre effectivement à la mise en place de l’administration intelligente au Bénin ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU :

Alors l’administration moderne, transparente, intelligente que nous avons en ambition est déjà en place, nous sommes en train de l’améliorer. C’est une amélioration en continu. Il n’y aura jamais un moment où on dira, on a fini, parce que ça ne finira pas. Nous sommes condamnés à évoluer tout doucement. Donc quand vous nous posez cette question, je n’ai pas de date à vous donner. Ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est que nous avons mis une interconnexion entre les ministères ; une interconnexion en fibre optique. Et cela est déjà un changement majeur. Deuxièmement, nos bases de données aujourd’hui se parlent. Tous les jours entre le tribunal du commerce et l’APIEX qui s’occupent de la création des entreprises et de la promotion des investissements au Bénin, tous les jours, entre ces deux entités, il y a des documents qui circulent et on dispense aujourd’hui les entreprises de pouvoir les prendre d’un lieu à un autre car l’information circule instantanément. Tous les jours entre le ministère des finances et le ministère de la fonction publique, des bases de données se parlent. Donc l’administration transparente, intelligente que nous voulons est déjà là. Seulement, nous ne comptons pas nous arrêter là. Comme je l’ai dit, nous voulons vraiment dématérialiser, digitaliser l’ensemble de ces transactions. Et c’est vers ce point que nos actions sont orientées. Dans quelques mois nous allons, lancer le portail des services publics. D’ici la fin du quinquennat, dans le secteur du numérique, ce sera un pays qui sera cité en exemple, il l’est déjà. Récemment lorsque African digital story, un évènement régional qui se déroule dans plusieurs pays, a regardé la sous-région et a voulu choisir des pays pour porter ses évènements,

tout naturellement le Bénin leur est venu en tête. Mieux, quand ils sont venus, des délégations étrangères ont prolongé leurs séjours pour s’inspirer de notre expérience.

PBCM : On va parler un peu des start-up. Quel est leur apport dans l’économie béninoise ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU :

Posée comme ça, la question peut sembler théorique. Je pourrais vous donner un pourcentage et vous dire que les start-up contribuent à x% à notre économie. Mais je pense que l’indication de l’apport de nos start-up à l’économie se trouve ailleurs. Elle se trouve dans le dynamisme de notre écosystème. Lorsqu’on observe la façon dont notre écosystème fonctionne, on voit de plus en plus que le monde des start-up est en train d’éclore et de voler la vedette au sens positif du terme, aux autres acteurs qui étaient là au départ. On voit de moins en moins les acteurs du secteur public que nous sommes et les start-up sont en train de prendre le devant de la scène. Et c’est ça qui montre que nous sommes dans la bonne voie en ce qui concerne l’apport de nos start-up. J’étais en Tunisie, il y a de cela quelques mois, pour le sommet africain des start-up (Afric’Up) et le Bénin a fait fort. Nous avions une présence non pas seulement quantitative mais vraiment qualitative.

PBCM : Si vous deviez inciter les investisseurs à s’intéresser à nos start-up, que leur diriez-vous ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU :

Moi, je leur dirai tout simplement qu’il y a du potentiel ici au Bénin. Chers investisseurs, si vous cherchez un pays dans lequel vous voulez avoir du potentiel, le Bénin est un pays tout tracé pour vous. Nous avons besoin ici d’avoir encore plus d’incubateurs, des accélérateurs aussi, parce qu’il y a en fait de quoi sourcer pour avoir des start-up qui peuvent être suivies, à qui on peut apporter des éléments pour grandir et produire de la valeur et en contrepartie, les investisseurs vont pouvoir trouver leurs comptes. Ce que je veux dire aussi aux investisseurs, c’est que le secteur éducatif suit ce mouvement. Le gouvernement a une volonté franche de prioriser la formation technique et professionnelle dans notre pays. Et vous savez que les plus grands consommateurs de ceux qui sortent des filières techniques et professionnelles, c’est le secteur privé, surtout les secteurs d’innovation comme le secteur numérique. Les investisseurs doivent donc savoir que toutes les forces en présence s’orientent vers la production de talents, de compétences, de capacités pour soutenir la vie, la production, pour soutenir les entreprises. Je les invite donc à venir au Bénin. Le cadre réglementaire est en place. Les jeunes « start upeurs » sont là à différents niveaux de maturité. Le secteur étatique accompagne aussi cela.

PBCM : Alors en guise de mot de fin, comment voyez-vous le Bénin numérique d’ici les cinq (5) prochaines années ?

Aurélie ADAM SOULE ZOUMAROU :

D’ici 2025, le secteur du numérique aura pleinement atteint un niveau de maturité. Nous ne comptons pas nous arrêter à un moment pour dire qu’on a terminé. On sera toujours en amélioration continue ; mais nous aurons une administration complètement dématérialisée, digitalisée. Une administration dont les procédures ou processus seront dématérialisés. Chaque

Individu qui aura besoin de faire des transactions avec l’administration pourra le faire de n’importe où, n’importe quand. Nous aurons en place un écosystème qui va innover autour des nouveaux services, des nouvelles technologies qui seront apparus à ce moment-là. La 5G aura déjà fait son chemin, les technologies d’intelligence artificielle également. C’est sûr que l’écosystème va gagner en maturité et sera donc toujours en train d’innover. Dans 5 ans, en termes de maillage de notre territoire, nous aurons atteint un niveau beaucoup plus élevé que ce que nous avons aujourd’hui. Et chose importante pour moi, parce que je vais pousser pour cela, c’est que nous aurons des habitudes de construction qui seront différentes. Aujourd’hui quand on construit un bâtiment on doit être conscient de ce qu’il faut y tirer la fibre automatiquement. Il n’est plus concevable qu’on construise des bâtiments, des maisons, des bureaux sans y mettre tout de suite la fibre optique. C’est un préalable important. Notre pays sera un pays avancé en termes de numérique. Et je ne veux pas comparer avec d’autres pays parce que nous avons aussi notre modèle de numérisation et de digitalisation. Mais nous ne serons pas parmi les pays qui seront en retard en ce qui concerne le numérique. Donc je suis toute confiante et nous sommes dans cette dynamique.

Merci